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  3. Poor Things – Notre critique : Une concoction drôle, triste, paillarde et magnifique

La deuxième collaboration entre Yorgos Lanthimos et Emma Stone est à l’image du film The Favourite, qui a remporté de nombreux prix, dans la mesure où il s’agit d’une autre comédie dramatique féministe qui retrace le parcours d’émancipation d’une jeune fille de peu de moyens.

Mais Poor Things ne se préoccupe pas tant du jeu d’échecs et de l’esprit que les femmes utilisent pour survivre. Une sorte de Frankenstein steampunk et inversé, qui explore et remet en question la façon dont la société dicte et étouffe le comportement des femmes. Lanthimos s’attaque également à notre prurit et au concept apparemment monstrueux d’une femme sans honte.

Le film s’ouvre sur le médecin victorien Godwin Baxter (Willem Dafoe) en pleine expérimentation médicale, sous l’admiration de l’étudiant McCandles (Ramy Youssef). Le scénario de Tony McNamara (basé sur le roman d’Alasdair Gray de 1992) retrace ce qui se passe lorsque Baxter invite son acolyte à la maison pour l’aider à socialiser son dernier projet, un suicide réanimé qu’il nomme Bella (Stone).

Vivant dans une maison où abondent les greffes zoologiques (cochons à tête d’oie, canards à tête de chien) et un père qu’elle appelle par son diminutif, « Dieu », Bella a un corps d’adulte mais un développement d’enfant. Naïve, elle doit apprendre à marcher, à parler et à se socialiser en partant de zéro. Les McCandles lui apprennent à ne pas frapper les inconnus, à ne pas cracher la nourriture qu’elle n’aime pas et à ne pas exhiber son corps.

Mais l’opposé moral de McCandles arrive sous la forme de l’avocat prédateur Duncan Wedderburn (Mark Ruffalo), qui utilise la faim vorace et la naïveté de Bella pour assouvir ses propres appétits. Une fois que Bella a utilisé ses « affaires poilues » pour le sexe, elle devient désireuse d’échapper aux limites de Dieu, ce qui l’entraîne dans un voyage de découverte de soi à travers le monde…

Avec les marques de fabrique décalées de Lanthimos (vue en plongée, cadrage non conventionnel, passage d’un noir et blanc riche à des couleurs saturées), Poor Things est une émeute. Le scénario de McNamara (The Favourite, Cruella) est truffé de rires et de dialogues à citer. La partition de Jerskin Fendrix est truffée de distorsions inquiétantes, tandis que les costumes anticonformistes de Holly Waddington sont magnifiquement étranges et chirurgicaux (Bella porte une cape pratiquement prophylactique, ses manches bouffantes rappelant les organes internes).

Mais, comme dans The Favourite, la vente de ce monde exacerbé repose sur les performances. Stone maîtrise parfaitement l’accent anglais, ainsi que l’évolution d’une femme qui passe du statut de consommatrice rapace d’expériences (alcool, sexe, gâteaux, danse) à celui d’une personne qui vit selon ses propres termes, fixe ses propres mœurs et détermine sa place au sein de la société. Bien que cette dernière tente de soumettre Bella au regard masculin, elle résiste grâce à son incapacité à ressentir l’humiliation ou la honte. Elle aborde la mode, le sexe, la conscience et la charité de la même manière : tout ce qui lui convient.

Avec une cascade de cheveux noirs encadrant son visage pâle et son corps souvent exposé, le personnage pourrait – entre les mains d’un acteur moins doué – susciter la pitié du public ou évoquer un sentiment inquiétant d’exploitation. Mais grâce à la mâchoire déterminée de Stone, à son timing comique et à sa dextérité physique (sa danse frénétique et ses titubations d’ivrogne sont d’une maîtrise digne de Keaton), la plaisanterie se retourne toujours contre les hommes qui cherchent à domestiquer Bella.

Les codes patriarcaux auxquels elle est confrontée sont également divertissants. Dafoe – avec ses problèmes de père et ses rots de ballons – est très à l’aise dans son rôle, tandis que Ruffalo apporte une rage égoïste et sordide (et un accent fruité et vagabond) à son habituelle présence ludique à l’écran. Youssef et Jerrod Carmichael sont des distractions agréables, mais la star du spectacle (à tous égards) est toujours Stone, dans une performance qui la pousse, ainsi que nous, au-delà de toute zone de confort.

Poor Things sort dans les salles de cinéma américaines le 8 décembre et dans les salles de cinéma britanniques le 12 janvier 2024.

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