1. Serial Gamers -
  2. Films & Séries -
  3. Origin – Critique du film : Ava DuVernay, un puissant déclencheur de conversation

L’adaptation par Ava DuVernay du best-seller d’Isabel Wilkerson Caste : The Origins of Our Discontents ne tente pas de transcrire la théorie de l’universitaire sur le recadrage du racisme historique et actuel de l’Amérique à travers le prisme du système de castes indien.

DuVernay (Selma, A Wrinkle in Time) tente plutôt de décortiquer la fascinante plongée de Wilkerson dans l’histoire mondiale en racontant l’histoire de la création du livre, mêlant le « voyage de l’écrivain », la perte personnelle et les événements récents à l’exposition des pionniers dalits, des pionniers de l’anthropologie, de la politique nazie et d’un enfant à qui l’on refuse l’accès à une piscine. Le résultat est un film qui fonctionne comme un vaste outil pédagogique, une amorce pour une exploration plus poussée et un portrait tendre du deuil – mais aussi un film qui aurait pu être tout aussi efficace en tant que documentaire.

S’ouvrant sur le meurtre de Trayvon Martin (le garçon de 14 ans abattu par George Zimmerman en 2012), Origin nous présente ensuite Wilkerson (Aunjanue Ellis-Taylor), auteur lauréat du prix Pulitzer. Cherchant à commencer un nouveau livre, elle est fascinée à contrecœur par l’affaire Trayvon – le cœur brisé par la mort inutile d’un autre jeune homme noir, mais intriguée par l’affirmation de sa mère selon laquelle les protocoles de comportement auraient dû être respectés. L’idée que la société a engendré une compréhension et une acceptation de la tradition hiérarchique dans la majorité globale incite Wilkerson à partir à la découverte, en s’entretenant avec des experts, en fouillant dans les bibliothèques et en découvrant des liens dans les traumatismes, les idéologies et les structures sociales partagés.

Elle est soutenue par son charmant mari (Jon Bernthal), un homme doux et conscient de lui-même, qui flirte d’abord avec elle par le biais d’un « mansplaining » avoué et qui la chérit, ainsi que sa mère vieillissante. Sa cousine intelligente (Niecy Nash) lui demande de rendre des comptes, tandis que son éditrice encourageante (Vera Farmiga) stimule son travail de détective. Mais lorsque Isobel subit une série de pertes personnelles dévastatrices, le chagrin qui l’habite donne à sa mission un sens plus profond. Et son enquête lui permet de surmonter ce deuil – en trouvant un moyen de dire adieu à ses proches, ainsi qu’à une syntaxe et à des attitudes désuètes en matière de relations raciales.

Cette approche ne fonctionne pas toujours. Observer quelqu’un en train d’écrire un livre (discuter des titres de chapitres avec des éditeurs, feuilleter des tomes de recherche, déterminer le rythme de son histoire sur un tableau blanc) n’est pas aussi captivant que les intrigues historiques qu’elle présente. Au cours de ses voyages, Wilkerson montre que les nazis ont utilisé Jim Crow comme modèle pour leurs lois de nettoyage social ; que les Dalits, les plus bas échelons du système de castes indien, sont traités comme les excréments dans lesquels ils pataugent ; que tous les systèmes d’oppression et d’assujettissement partagent des principes tels que l’endogamie pour les effacer et les contenir.

Elle souligne le travail d’Allison et de William Davis, de Burleigh et de Mary Gardner, et de B.R. Ambedkar, ainsi que les indignités subies par Al Bright, August Landmesser et Irma Eckler – tous ceux que vous voudrez retrouver sur Google après le générique. Bien que l’aspect théorique de l’histoire serve de prétexte à la découverte de soi par le public, la condensation du traité de Wilkerson le réduit parfois à la répétition et à la brutalité.

Mais DuVerney tente de s’adresser au public le plus large possible et à un large éventail de connaissances préalables. Ce film s’adresse au plombier grincheux (Nick Offerman) portant une casquette MAGA qui vient réparer une fuite dans la maison de Wilkerson, ainsi qu’à l’universitaire berlinoise (Connie Nielsen) qui discute de la sémantique de l’extermination et de l’asservissement. Ce plombier fait partie de l’aspect le plus émouvant du film – l’expérience humaine tendre et racontable qui est présente tout au long du film. DuVernay capture l’expérience universelle de la perte : les regrets, le chagrin étouffant.

Une unité familiale est présentée de manière si vivante que le deuil de Wilkerson est ressenti de manière aiguë, même en l’espace d’une demi-heure passée avec eux. Ce lien avec notre humanité commune réapparaît tout au long du film, accompagné d’une partition émotionnelle qui maintient le cœur du spectateur ouvert et à vif. Au moment où un petit garçon maigre de neuf ans se recroqueville sur un lilo lors d’un incident historique mineur mais honteux, les vannes s’ouvrent vraiment.

La date de sortie d’Origin est actuellement à confirmer.

Voir aussi :