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- Dune 2 – Notre critique du film : Une suite à la hauteur du Chevalier Noir et de L’Empire contre-attaque
La route de Denis Villeneuve a-t-elle toujours mené au désert de Frank Herbert ? En 1998, son premier August 32nd on Earth montrait un sens poétique pour les personnages et les paysages sablonneux ; le second, Maelström, aux yeux de poisson, révélait quant à lui un flair surréaliste. Son influence en tant que réalisateur de films d’action est apparue plus tard, mais sachez qu’avec une pompe, un punch et une bizarrerie démesurés, la deuxième partie fait de sa duologie de Dune l’un des plus grands mélanges entre le réalisateur et le matériau dans le cinéma fantastique moderne.
Le blockbuster comme grande tragédie ? Le film de guerre comme fable politique, psychologique et romantique ? Le spectacle de science-fiction comme allégorie coloniale et conspiratrice ? Quoi qu’il en soit, Villeneuve réussit à donner de la cohérence aux éléments indisciplinés de Herbert pour livrer une suite qui se classe aux côtés de The Dark Knight, The Empire Strikes Back – et Blade Runner 2049. Il ne s’agit pas d’une simple extension de la première partie, plus rêveuse, mais de l’achèvement (peut-être…) d’une histoire qui aurait pu sembler trompeuse, et certainement incomplète, sans cette extension.
L’action reprend peu après la fin de la première partie. Leur peuple ayant été massacré par la Maison Harkonnen, Paul Atreides (Timothée Chalamet) et sa mère Jessica (Rebecca Ferguson) rejoignent les Fremen, qui vivent en harmonie avec la planète sablonneuse et épicée Arrakis. Alors que Paul pleure son père et se lie avec Chani (Zendaya), une jeune fremen, il fait des cauchemars où il est question d’un destin sinistre et d’une guerre sainte sanglante. Convertira-t-il les Fremen qui doutent de lui et deviendra-t-il le messie Muad’Dib, comme il l’a prophétisé ?
Après le coup d’État meurtrier des Harkonnens, le Baron (Stellan Skarsgård) apprend qu’un nouveau chef a rallié les Fremen pour perturber la production d’épice, l’unobtanium mystique d’Arrakis. D’une cruauté inouïe, le baron canalise sa rancœur en frappant sans discernement ces rebelles. Pendant ce temps, son neveu et héritier psychotique Feyd-Rautha (Austin Butler) rôde et manigance à l’écart, le regard perçant et meurtrier à l’égard de quiconque le regarde un peu bizarrement.
Le décor étant planté pour un conflit à plusieurs niveaux, Villeneuve s’exécute avec force. La deuxième partie est une merveille technique incontestable, qui fait presque oublier son prédécesseur aux Oscars. Les images hypnotiques et terrifiantes se multiplient, du spectacle gracieux des soldats flottant au-dessus du sable pour se mettre à l’abri au bruit sourd de leur chute, morts. Un raid sur un dépôt d’épices offre un spectacle saisissant de conflit viscéral rendu tangible et clair ; les ornithoptères pullulent comme des insectes dans un face-à-face aérien ; et le passage de Paul, qui surfe sur les vers, rugit d’effroi et de crainte, le cœur dans la bouche, le sable dans tout.
Le mixage sonore est lui aussi un personnage à part entière, qui frappe votre torse tandis que la partition extatique de Hans Zimmer fait correspondre le sable, l’architecture et la machinerie à l’émerveillement, à l’échelle et à l’impact. Il s’agit d’un cinéma maximaliste rendu artistique et immersif, sauvage et pondéré, trippant et texturé. Une fois de plus, le directeur de la photographie Greig Fraser règne sur le désert, honorant majestueusement l’esprit du légendaire directeur de la photographie Freddie Young (Lawrence d’Arabie).
De même, Dune 2 rend hommage à Herbert en termes d’idées. Les thèmes du fanatisme fondamentaliste et de la loyauté aveugle envers des chefs à la chevelure impressionnante sont moins des sous-textes que des textes de surface, tordant les conventions de l' » élu » dans des formes intrigantes. Des allusions à la satire apparaissent, à tel point que l’on s’attend à ce que quelqu’un dise : « Ce n’est pas le messie, c’est un très… ». De manière intelligente, la deuxième partie reconnaît l’importance de l’humour dans les abysses, notamment grâce à Javier Bardem dans le rôle du chef des Fremen, Stilgar – attention à ces « petits » mille-pattes du désert, en effet.
Au sein d’une distribution outrageusement bien pourvue, Ferguson reste une présence puissante à mesure que la mystique de Jessica grandit. Christopher Walken et Florence Pugh suggèrent des histoires complexes malgré un temps d’écran limité, respectivement dans le rôle de l’empereur Padishah et de sa fille, la princesse Irulan. Si tout cela semble trop subtil, Dave Bautista est une émeute brusque dans le rôle de la Bête Harkonnen, fracassant le crâne des laquais comme Drax avec un épi sur la tête.
Mais c’est le trio principal qui brille le plus. Zendaya s’investit dans un personnage intelligemment construit à partir de la vision d’Herbert. Échangeant les hoverchocs contre de la bile de ver hallucinogène, Chalamet s’épanouit en tandem avec Paul, montrant des réserves de commandement jusqu’alors inexploitées. Et après Paul, Butler est une source d’ennuis toxiques dans le rôle de Feyd-Rautha, un méchant à l’âme noircie qui aime tuer le jour de son anniversaire comme la plupart des gens aiment les gâteaux. Même si sa voix ressemble un peu à celle de Kevin dans The (US) Office.
Villeneuve et son coscénariste Jon Spaihts ont su donner du punch aux combats de Feyd-Rautha dans le livre, notamment lors d’un combat de gladiateurs sur Giedi Prime. Ailleurs, certaines idées d’Herbert sont judicieusement développées et d’autres atténuées sans pour autant diluer la fièvre du roman. Les mouvements du Bene Gesserit sont développés, aidés par les manifestations furtives de Léa Seydoux. Un caméo de rêve étoilé et le fœtus le plus stratégique depuis Prevenge offrent aussi des réinventions audacieuses et décalées d’un personnage qui semblait un peu fou dans le Dune de Lynch.
L’apothéose est ici jugée avec justesse, soutenant ce qui a fonctionné sur la page tout en rendant l’issue plus inconfortable. C’est un final qui pourrait déconcerter ceux qui ne sont pas familiers avec Herbert, ou ceux qui s’attendent à des dénouements conventionnels. Mais il répond aux thèmes de l’histoire et, de manière alléchante, laisse la place à d’autres. Le trippant Dune Messiah de Herbert pourrait-il être adapté par la suite, comme cela a été annoncé ? Ce n’est pas une mince affaire. Mais si l’on se fie à cette vision extravagante et rigoureuse, il ne faut pas se tromper : Villeneuve est l’homme qu’il faut pour traverser cette tempête désertique et délirante.
Dune 2 sort en salles le 1er mars.
Pour en savoir plus, consultez le reste de notre couverture de Dune : Part Two :
- La fin de Dune 2 expliquée
- Dune 2 a-t-il une scène post-crédits ?
- Ce qui pourrait se passer dans Dune 3, d’après les livres
- Les différences entre Dune 2 et le livre
- Qui joue Anya Taylor-Joy dans Dune 2 ?
- Quand Dune 2 sera-t-il disponible en streaming ?
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- Zendaya évoque le parcours personnel de Chani dans Dune 2
- Le réalisateur Denis Villeneuve explique pourquoi Chani est au centre de l’attention.
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- L’acteur Stellan Skarsgard à propos du rôle du méchant
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