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- Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux – Notre critique : Le MCU se dirige vers des territoires inexplorés
« Il faut toujours parier sur les Asiatiques », s’esclaffe un personnage comique de la périphérie de Shang-Chi et la légende des dix anneaux, qui vient de gagner gros grâce à un tel pari. Il est toutefois remarquable – et plus que honteux – qu’il ait fallu 25 films à Marvel pour faire un pari similaire, après avoir passé les 24 précédents à garder les personnages asiatiques à l’écart ou, pire, à les faire interpréter par des acteurs caucasiens.
Le film de Destin Daniel Cretton – non seulement le premier film du MCU avec un acteur principal américain d’origine asiatique, mais aussi le premier à présenter un casting majoritairement asiatique – ne résoudra pas à lui seul le problème de la diversité chez Marvel. Mais c’est certainement un pas dans la bonne direction, sans parler de la reconnaissance tacite du travail qu’il reste à faire pour que le studio passe d’un univers dominé par des Blancs nommés Chris à quelque chose qui reflète un peu mieux le monde extérieur.
C’est dans ce monde que débute Shang-Chi, un monde dans lequel son héros sous-performant – un voiturier de San Francisco qui utilise le pseudonyme délibérément anodin de Shaun – peut se contenter d’exister sous le radar avec sa camarade Katy (Awkwafina), une fainéante. La vie criminelle de son père Wenwu (Tony Leung), à la tête des Dix Anneaux, un infâme syndicat qui a « renversé des gouvernements et changé le cours de l’histoire » à l’aide des bracelets de force surhumaine et de vie éternelle qu’il porte sur les avant-bras, n’est pas pour lui.
Après avoir fui, adolescent, le complexe militaire de son père veuf, Shang-Chi (Simu Liu) ne veut rien d’autre qu’un karaoké régulier et une virée occasionnelle dans la voiture d’un client. Jusqu’à ce qu’il rencontre dans le bus quelques gros bras qui l’obligent à révéler les prouesses dévastatrices des arts martiaux qu’il cachait jusqu’à présent sous la plus discrète des carrosseries.
La séquence d’action palpitante qui s’ensuit non seulement fait passer le film à la vitesse supérieure avec ses ravages rappelant la vitesse, mais elle révèle aussi ses vraies couleurs : un blockbuster chopsocky qui a du punch et des liens stylistiques avec Crouching Tiger, Kung Fu Hustle et l’ensemble des œuvres de Jackie Chan. (Le film est dédié au coordinateur des cascades Bradley Allan, ancien membre de l’équipe Sing Ga Ban de Chan). Lors d’un voyage à Macao, Shang-Chi retrouve sa sœur Xialing (Meng’er Zhang), dont il est séparé, pour des combats vertigineux sur des échafaudages en bambou suspendus à des gratte-ciel, dont Chan lui-même serait fier. Les multiples montages d’entraînement, quant à eux, célèbrent la persévérance et la sueur des sourcils avec autant d’acuité que n’importe quel Karaté Kid.
Une chose à laquelle Shang-Chi ne semble pas particulièrement lié est le MCU lui-même. En effet, à l’exception d’une affiche offrant des conseils à ceux qui souffrent d’anxiété post-blip et de la poignée obligatoire de caméos qui plaisent aux fans, le film de Cretton semble presque délibérément séparé de sa propre lignée, notamment lorsque l’histoire se déplace dans un domaine mythique appelé Ta-Lo, peuplé d’un éventail fantasmagorique de bestioles farfelues. Marvel a déjà flirté avec le kaiju (le géant Ant-Man transformé dans Captain America : Civil War, par exemple, ou les léviathans Chitauri du premier Avengers), mais ici, l’entreprise va jusqu’au bout de l’épopée en opposant un gigantesque dragon d’eau à un démon chauve-souris tout aussi gigantesque qui a un goût prononcé pour les âmes humaines. Si Shang-Chi lui-même se perd un peu dans la pagaille, c’est un petit prix à payer pour un final qui, s’il n’atteint pas tout à fait les standards d’Avengers : Endgame, montre au moins que le studio n’a pas perdu son appétit pour les spectacles aux effets gargantuesques.
Mais autant que les images, c’est la distribution qui s’avère l’élément le plus accrocheur du film, Cretton entourant judicieusement son personnage principal, sympathique mais légèrement anonyme, d’une brochette de talents de premier plan. Leung, dans son premier rôle en anglais, apporte la gravité de toute une vie à Wenwu, un homme exceptionnellement complexe dont la dévotion à sa défunte épouse (Fala Chen) est à l’origine de ses ambitions de mise en danger du monde, tandis que Michelle Yeoh dégage à la fois chaleur et force dans son rôle de protectrice en chef de Ta-Lo. Awkwafina, quant à elle, est une représentante parfaite pour le public, son ahurissement devant la folie que lui fait découvrir son compagnon de travail étant une source constante d’humour pompeux et percutant. Le fait que leur relation reste résolument platonique est l’un des rares faux pas du film, car il n’y a guère de raison que le duo ne trouve pas la romance entre les couplets de « Hotel California ».
« Tu es le produit de tout ce qui t’a précédé ! dit Yeoh à Liu alors qu’il s’apprête à affronter son redoutable père. À son meilleur, Shang-Chi ne semble pas faire partie d’un grand plan d’ensemble, mais être un animal à part entière : imparfait et démesuré par endroits, certes, mais toujours captivant et doté d’une énergie qui, contrairement à la rétrograde Black Widow, oriente fermement le MCU vers des territoires encore inexplorés.
Shang-Chi et la légende des dix anneaux sortira en salles le 3 septembre. Pour en savoir plus sur le MCU, consultez notre guide de la phase 4 de Marvel.
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