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- La nouvelle comédie grossière d’Olivia Colman a un côté sombre et nuancé inattendu.
Avertissement : de légers spoilers pour Wicked Little Letters sont à venir !
Une petite ville de la côte sud de l’Angleterre sert de cadre à la nouvelle comédie d’époque Wicked Little Letters. Les habitants de Littlehampton, dans le West Sussex, viennent peut-être de vivre les horreurs de la Première Guerre mondiale lorsque le film commence, mais ils sont toujours scandalisés par le mot « fuck ». Lorsqu’un torrent de lettres obscènes commence à s’accumuler à la porte de la pieuse Edith Swan (Olivia Colman), le scandale prend rapidement de l’ampleur. La police locale s’en mêle et le suspect numéro un est Rose (Jessie Buckley), la voisine d’Edith qui a la langue bien pendue.
Rose est un cas à part à Littlehampton. Elle élève une petite fille sans mari, elle a un accent irlandais, elle aime le sexe et les jurons – et elle n’aime pas beaucoup Edith. Nous apprenons qu’elles étaient amies, qu’elles ont tissé des liens mal assortis mais sincères lorsque Rose s’est installée en Angleterre, mais qu’un désaccord particulièrement explosif sur le désir d’Edith de faire d’elle une dame « convenable » a rapidement mis un terme à cette relation. Une rupture amicale semble être une bonne raison pour commencer une série anonyme d’insultes vulgaires, n’est-ce pas ? Eh bien, pas tout à fait.
La (mauvaise) langue est une libération
Il devient bientôt évident – et ce n’est pas un énorme spoiler – qu’Edith s’envoie les lettres à elle-même, et le cœur du film passe du démasquage de l’identité de l’écrivain à la preuve que la victime est en fait la coupable. Bien que Gladys Moss (Anjana Vasan), la seule femme officier de police de la ville, soit plus préoccupée par le fait de prendre Edith en flagrant délit que de découvrir ses motivations, le film dépasse ses racines de comédie pour entrer dans un territoire beaucoup plus intéressant lorsqu’il y parvient.
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Edith est l’antithèse de Rose. Célibataire, sans enfant et n’ayant jamais quitté la maison familiale, elle vit au gré des caprices de son père (Timothy Spall) et de ses accès de colère. Il la rabaisse et la traite avec condescendance comme une horloge, la considérant comme un peu plus qu’une servante. La Bible offre un peu de répit à Edith, mais elle trouve plus de réconfort dans l’autosatisfaction qu’elle lui procure que dans la parole du Seigneur.
Abattue par la force patriarcale de son père et par une vie d’occasions manquées, Edith est étouffée par la honte et la haine de soi. Ne disposant d’aucun moyen de s’évader dans une ville où tout le monde se connaît, elle découvre que les jurons la libèrent – le langage est pour elle une libération, et chaque « fuck » et « shit » lui semble émancipateur.
Outre la honte, elle est jalouse de Rose et de la liberté que lui procure son absence d’inhibitions. Rose a un amant et une fille, mais elle vit aussi sans crainte d’être jugée. Elle utilise la salle de bains sans fermer la porte à clé, se saoule exagérément au pub et ne se laisse pas décourager par les murs minces de sa maison mitoyenne lorsqu’elle fait l’amour bruyamment. Edith, qui se tient à carreau, ne peut que rêver d’une telle franchise, qu’elle canalise dans ses lettres.
La boîte de Pandore
Le courrier haineux qu’elle s’inflige elle-même sert un double objectif : les lettres sont un exutoire pour sa rage intériorisée, mais elles la propulsent également sous les feux de la rampe en tant que victime compatissante. Edith devient une célébrité locale, l’affaire s’étendant bien au-delà de Littlehampton et bénéficiant d’une couverture dans la presse nationale et même de l’attention des législateurs au Parlement.
La griffe de fer est bien plus qu’un simple film de catch : il jette un regard perspicace sur la masculinité et les dynamiques familiales toxiques.
Avec Edith, la réalisatrice Thea Sharrock et le scénariste Jonny Sweet ont créé un personnage beaucoup plus nuancé que le film ne le laisse croire au premier abord. La honte d’Edith est paralysante, intériorisée au point que les fissures commencent à apparaître et que toute sa façade pieuse de supériorité est sur le point de s’effondrer complètement.
Pour dire les choses crûment, Edith est vraiment antipathique, rachetée uniquement par la performance et le charme de Colman, mais cela rend Wicked Little Letters d’autant plus intéressant. Son personnage sert également de commentaire social efficace, dressant un tableau de la misogynie du début du XXe siècle et du danger intemporel de la répression et de l’aliénation. En apparence, Wicked Little Letters est une comédie excentrique et mousseuse et, comme c’est le cas pour de nombreux films britanniques d’époque, elle risque d’entrer dans le domaine de la ringardise. Mais lorsque le film commence à lever le voile sur la personnalité d’Edith, nous obtenons quelque chose de beaucoup plus sombre, de plus nuancé et d’agréablement inattendu.
Wicked Little Letters sort maintenant dans les cinémas britanniques et sortira dans les salles américaines le 5 avril. Pour en savoir plus sur les autres films à voir au cinéma, n’hésitez pas à consulter le reste de notre série « Gros plan sur le grand écran ».


